Une lampe en carton retenue parmi 331 dossiers à Maison&Objet : ce qui la fait tenir debout

Pop Up Lamp de Risette, lauréate Future On Stage 2026 : pourquoi sa rigidité vient du pli, pas de la colle, et ce qu'on peut en retenir chez soi.
Découpe en carton kraft se dépliant en plis géométriques nets, texture ondulée visible et ombres graphiques, éclairage dramat
Découpe en carton kraft se dépliant en plis géométriques nets, texture ondulée visible et ombres graphiques, éclairage dramat

La pièce déco la plus commentée de cette rentrée design est une lampe en carton plié qui se déploie comme un livre. Elle s’appelle Pop Up Lamp, elle est signée Risette, la marque du designer César Moncaut, et elle fait partie des trois projets retenus par Future On Stage, le programme de repérage de Maison&Objet, dont l’exposition se tient du 10 au 14 septembre 2026 pendant le salon. Voilà ce qui se joue derrière ce carton : la fabrication, le prix, et ce qu’on peut en retenir chez soi sans acheter la pièce.

Future On Stage, un repérage qui n’est pas un simple relais de communiqué

Future On Stage est le dispositif par lequel Maison&Objet sélectionne chaque année une poignée de jeunes marques et leur offre une visibilité au cœur du salon. Selon les chiffres communiqués par l’organisateur pour cette édition, 331 candidatures ont été déposées, en hausse d’environ 30 % sur un an, pour trois lauréats retenus : Risette, Baguette Studio et LightMass. 331 dossiers pour trois places, le filtre est réel, et c’est ce qui distingue ce type de sélection d’un simple coup de projecteur Instagram.

L’exposition se tient dans l’espace Pulse, du 10 au 14 septembre 2026 à Paris Nord Villepinte, pendant que la Paris Design Week occupe la ville du 10 au 19 septembre, avec sa Factory et ses 150 créateurs émergents et plus. Pour qui monte à Paris ce mois-ci, c’est le moment où les objets qu’on verra partout au printemps prochain sont encore visibles de près, sans vitrine.

Un mot sur le créateur, parce que les sources publiques demandent de la prudence : César Moncaut est passé par la Design Academy Eindhoven, et Risette est enregistrée aux Pays-Bas. Le communiqué de Maison&Objet évoque des jeunes pousses venues de France, des Pays-Bas et d’Angleterre sans attribuer précisément chaque pays à chaque marque. On parlera donc d’un designer francophone révélé à Paris, formé à l’école néerlandaise du prototype et du matériau brut, plutôt que d’un champion national.

Une lampe qui tient debout grâce au pli, pas à la colle

Le principe de la Pop Up Lamp, tel qu’il apparaît dans les visuels et descriptifs diffusés par la marque et par Maison&Objet : un volume en carton et papier qui se manipule à plat, se déplie, et change complètement d’aspect selon l’angle depuis lequel on le regarde. C’est de l’ingénierie de pli, pas du bricolage. La rigidité vient de la géométrie des plis, pas de l’épaisseur du matériau : c’est exactement ce qui fait tenir une boîte ondulée sous une charge, et c’est aussi ce qui rend le calibrage difficile. Trop de grammage, le pli casse et blanchit sur l’arête ; pas assez, la structure s’affaisse dès la troisième manipulation. Entre les deux, il y a des dizaines de prototypes.

Le second objet de la collection fonctionne à l’inverse. Le miroir d’angle repose sur une ossature bois associée à de l’acier, donc sur de l’assemblage, des tolérances au millimètre et un travail de finition qui n’a rien à voir avec le pliage. Deux logiques de fabrication opposées cohabitent dans la même collection, et c’est précisément ce que les articles publiés jusqu’ici ne racontent pas. Un designer qui maîtrise le pli souple et l’assemblage rigide dans une même série montre autre chose qu’une bonne idée : une méthode.

Chaque semaine, on décrypte une matière, une pièce ou un savoir-faire repéré dans les salons et les ateliers français, avec les questions qu’on se pose vraiment : est-ce que ça vieillit bien, est-ce que ça vaut son prix, comment le reconnaître en boutique. Inscrivez-vous à la newsletter de L’Atelier O.T.E. pour la recevoir avant tout le monde.

Le carton n’est pas un gadget écolo, la France a ses cartonnistes

La créatrice montre une lampe design de la marque française Noctra, entièrement en carton et assemblée à la main, illustrant concrètement comment ce matériau brut devient objet de design fait-main.

@caro.munoz

J’ai craqué pour cette lampe design de la marque Noctra. Chose incroyable, elle est en carton. Made in France et assemblée a la main. Vous saviez qu’on peut fabriquer d’aussi jolies choses avec du carton ? #carton #lampe #design #madeinfrance #decoration #deco #carolinemunoz

♬ son original – caro.munoz

On traite souvent le carton comme une trouvaille d’étudiant. C’est oublier une filière artisanale bien installée en France : les cartonnistes, ces ateliers qui découpent, contrecollent et assemblent des meubles en carton alvéolaire capables de supporter le poids d’un adulte. Le Meuble en Carton, atelier français, travaille ainsi avec du carton majoritairement recyclé et certifié FSC ou PEFC. Le carton recyclé certifié est un matériau d’atelier, pas un matériau de secours, et Risette s’inscrit dans cette filiation bien plus que dans l’anecdote virale.

Côté prix, aucun tarif n’a été communiqué pour la Pop Up Lamp à ce stade. Pour se donner un repère, les suspensions en carton découpé des éditeurs déjà installés sur ce créneau se négocient couramment entre 150 et 450 € selon le diamètre, et les meubles en carton d’atelier français démarrent autour de 100 à 150 € pour une petite pièce. Une lampe en carton n’est donc pas automatiquement bon marché : on paie le dessin, le calibrage et la découpe, pas la matière première.

Sur la durabilité, soyons honnêtes : le carton craint l’humidité et les frottements répétés. Ce type de pièce vit très bien dans un salon ou une chambre, beaucoup moins dans une salle de bains ou une cuisine ouverte grasse. Une source LED basse température est nécessaire, et un dépoussiérage au pinceau sec vaut mieux que n’importe quel chiffon humide.

Le miroir d’angle, un outil optique avant d’être un objet déco

C’est l’argument que personne ne développe, alors qu’il est le plus utile. Un miroir posé dans l’angle de deux murs ne se contente pas de renvoyer une image : il casse la limite visuelle du coin, dédouble la perspective et fait entrer la lumière d’une fenêtre là où elle n’arrive jamais. Un miroir d’angle travaille la perception de la pièce, pas sa décoration. Dans un salon de 20 m² d’appartement haussmannien en location, où l’on ne peut ni peindre ni percer sans autorisation, c’est l’un des rares gestes qui change réellement la sensation d’espace.

Le principe se teste sans dépenser 400 €. Deux miroirs simples de chez IKEA, Action ou Sostrene Grene, posés en vis-à-vis dans un angle, à hauteur de regard assis, suffisent à voir l’effet. Une règle de placement compte plus que le modèle : orientez le miroir vers une source de lumière ou vers une perspective ouverte, jamais vers un mur chargé ou un coin de rangement, sinon vous doublez le désordre au lieu de doubler la lumière.

Matières pauvres et renouvelables, la vraie ligne de fond de la rentrée

Regardez les trois lauréats ensemble et une cohérence apparaît. Risette plie du carton et du papier recyclés. Baguette Studio, fondé par Emma Lohner et Philippe Gaud, travaille la cire végétale. LightMass développe une résille lumineuse née du travail du studio Raw-Edges, de Yael Mer et Shay Alkalay. Trois matières renouvelables ou humbles pour trois sélections, ce n’est pas un hasard : c’est une lecture éditoriale que nous tirons de la sélection publiée par Maison&Objet, et elle dit quelque chose de la direction que prend le design émergent français et européen. La valeur se déplace du matériau noble vers le geste et l’intelligence de fabrication.

Pour la lectrice qui chine le samedi matin et qui refait son salon pièce par pièce, la conclusion est plutôt réjouissante : le prestige d’un objet ne se lit plus dans sa matière. Il se lit dans la précision de ce qu’on lui a fait subir.

Le geste à essayer ce week-end ne coûte rien : prenez une grande feuille de papier épais, pliez-la en accordéon serré, posez-la debout devant une lampe allumée et faites-la tourner lentement. Vous verrez en trente secondes ce que le pli fait à la lumière, pourquoi l’ombre change à chaque angle, et pourquoi un jury de professionnels s’arrête devant un objet en carton. Ensuite seulement, la question du budget se posera dans le bon ordre.

Image de Ophélie

Ophélie

Décoratrice d'intérieur installée dans les Hauts-de-France, Ophélie a passé dix ans à transformer des appartements et des maisons de famille, souvent avec plus d'idées que de budget. Chineuse invétérée, elle écume les brocantes le dimanche et sait distinguer au premier coup d'œil le chêne massif du placage, la vraie céramique de l'imitation. Sur L'Atelier O.T.E., elle décrypte les tendances déco avec le regard de quelqu'un qui a réellement posé, poncé, patiné : ce qui dure, ce qui déçoit, et ce qui vaut vraiment son prix.

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