Au Design District de Maison&Objet, du 10 au 14 septembre 2026, un jeune label parisien, Groovaly, a présenté son système Bloom : un rangement à vinyles pensé comme élément central du salon, pas comme caisse de rangement. Derrière l’objet, deux partis pris qui méritent qu’on s’y arrête : le Valchromat, une fibre de bois teintée dans la masse, et un tiroir éventail breveté qui change la façon dont on feuillette une collection. Le vrai retour du vinyle passe aussi par son meuble, et c’est exactement ce que ce lancement raconte.
Pourquoi un meuble à vinyles arrive maintenant
Le contexte français est clair. Selon le SNEP, le vinyle a dépassé le CD en valeur en 2025 pour la première fois depuis les années 1980, avec 113 millions d’euros de chiffre d’affaires et une croissance de 15 %, dix-neuvième année de hausse consécutive. Traduit dans les salons : des millions de foyers rachètent des disques, chinent le dimanche en brocante, complètent leur pile à la Fnac, et se retrouvent avec des bacs entassés au sol ou un rack Kallax d’IKEA détourné en rangement de fortune.
C’est ce trou éditorial que Groovaly, fondé par Romain Muller, vient occuper. Le label a été retenu dans la sélection nouvelle génération créative du Design District (Hall 5A), dont la direction artistique a été confiée cette année au collectif Hall Haus, sur un thème signé NellyRodi, « Pulse in Motion ». Autrement dit : le baromètre officiel des tendances déco à venir a choisi de mettre en avant un objet qui, il y a cinq ans, aurait été relégué au rayon accessoire audio. Le meuble à vinyles est devenu un vrai sujet de design, à égalité avec la bibliothèque ou l’enfilade.
Le Valchromat, une matière qu’il faut expliquer
Groovaly a choisi le Valchromat pour ses pièces, et ce n’est pas un détail marketing. Le Valchromat est un panneau de fibres de bois, cousin technique du MDF, fabriqué au Portugal (région de Leiria) à partir de pin maritime, le Pinheiro-Bravo. Sa particularité : les fibres sont teintées dans la masse avec des pigments organiques avant d’être pressées avec une résine spécifique. La couleur n’est pas posée en surface, elle traverse le panneau de part en part.
Concrètement, ça change trois choses pour un meuble qui va vivre au salon. D’abord, les chants gardent la teinte sans aucun placage à recoller : pas de bande de mélaminé qui se décolle au bout de deux ans, pas d’arête blanche qui apparaît si on tape le pied contre le meuble. Ensuite, une rayure ou un choc léger ne révèle pas un cœur beige clair sous la couleur, comme c’est le cas d’un MDF laqué ou d’un contreplaqué peint. Enfin, la matière prend une lumière mate assez profonde, plus proche d’un béton teinté que d’un bois verni, ce qui donne une présence visuelle très différente d’un rack de rangement classique.
Le Valchromat n’est pas un matériau gadget. On le voit depuis quelques années chez les architectes d’intérieur français pour du mobilier sur mesure, des banques d’accueil, des revêtements muraux dans des boutiques ou des restaurants. Sa présence dans un objet édité comme Bloom est plutôt le signe qu’un matériau de professionnel arrive dans le mobilier grand public, à la manière du linoléum Forbo il y a quelques années.
Le tiroir éventail : ce que Bloom change dans le geste
L’autre pari de Groovaly, c’est mécanique. Le système Bloom repose sur un tiroir éventail breveté (la marque parle de « fan-drawer ») : au lieu de tirer un bac vers soi et de feuilleter les pochettes verticalement comme dans un bac de disquaire, le module s’ouvre en éventail et présente les vinyles en arc de cercle. Un module standard accueille environ 50 disques, protégés par une feutrine intérieure qui évite les micro-rayures sur les pochettes cartonnées.
Ce pin réunit 51 meubles pensés pour ranger vinyles et platine, illustrant la diversité de finitions (chants) et de tiroirs qui distinguent un bon meuble à vinyles.
La gamme se décline aujourd’hui en trois configurations documentées par la marque : Bloom Standalone (module autonome), Bloom Console (version basse type meuble TV) et Bloom Kit (composition évolutive à assembler). La logique modulaire répond au vrai problème du collectionneur, une collection qui grossit. On ajoute un module quand on dépasse les 50 disques, puis un autre, sans avoir à racheter un meuble entier.
Le discours de marque, tel qu’on peut le lire sur le site officiel dans la partie « Our Story », insiste sur un point : le feuilletage en éventail redonnerait envie de tomber sur un album oublié, là où le rangement vertical classique pousse à sortir toujours les mêmes disques, ceux placés en bout de bac. C’est un récit, à prendre pour ce qu’il est, mais l’argument tient debout pour quiconque a déjà passé une demi-heure à chercher un disque coincé entre deux autres.
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Design ou utilitaire : la grille à avoir en tête avant d’acheter
Le marché du meuble à vinyles va de 40 euros (un rack métallique importé) à plus de 2 000 euros (pièce éditée par un designer). Entre les deux, tout et n’importe quoi. Voici les critères concrets qui permettent de trancher, indépendamment de la marque.
| Critère | Meuble design | Rack utilitaire |
|---|---|---|
| Matière colorée | Teintée dans la masse (Valchromat, linoléum, bois massif teinté) | Placage, mélaminé, peinture posée |
| Chants | Même teinte que la face | Bande rapportée qui peut se décoller |
| Consultation | Feuilletage horizontal, tiroir éventail, bac inclinable | Empilement vertical fixe |
| Modularité | Ajout de modules quand la collection grossit | Volume figé |
| Fabrication | France, Portugal, Europe documentée | Origine floue ou non précisée |
| Protection des pochettes | Feutrine, feutre, bois brut poncé fin | Métal brut, chants agressifs |
Cette grille n’invalide pas le rack IKEA, qui reste une solution honnête à petit prix quand on démarre. Elle explique juste pourquoi un meuble comme Bloom, qu’on trouvera dans une fourchette de prix cohérente avec du mobilier édité en petite série (comptez plusieurs centaines d’euros par module, à confirmer directement auprès de la marque), n’est pas simplement « un Kallax en plus joli ». On paye une matière de professionnel, un mécanisme breveté et une fabrication européenne tracée, trois choses qu’on ne trouve pas sur un rack d’entrée de gamme.
Ce que Groovaly révèle du moment déco
Le fait qu’un label naissant soit sélectionné au Design District avec un objet aussi mono-fonctionnel dit quelque chose du moment. Le vinyle n’est plus une lubie de nostalgique, c’est un objet culturel assumé dans le salon, au même titre qu’une pile de beaux livres ou qu’une céramique chinée. Ranger ses disques dans une caisse de brocante empilée au sol, c’était encore acceptable il y a trois ans ; ça commence à ressembler à un aveu de non-choix aujourd’hui.
Home Magazine, dans son tour d’horizon des découvertes de Maison&Objet septembre 2026, cite Groovaly parmi les jeunes marques à suivre. G&G Magazine avait déjà consacré une couverture au label côté anglophone. Le signal est cohérent : le meuble à vinyles rejoint la catégorie des vrais objets déco, avec ses codes, ses matières de niche et ses mécanismes brevetés.
Avant d’investir, une seule chose à faire : compter honnêtement le nombre de disques déjà chez vous, imaginer combien vous en aurez dans trois ans, et regarder si le meuble que vous visez peut suivre. Un module Bloom, une caisse en bois massif chinée chez Emmaüs ou un Kallax bien intégré peuvent très bien cohabiter dans la même pièce, tant que le disque n’est plus caché.






